Les devoirs autrement avec Louis Laroche

Posté le 28/01/2016

Les devoirs autrement avec Louis Laroche (8 questions à un enseignant inspirant)

Par Josiane Caron Santha, ergothérapeute

 

La connaissance seule ne suffit pas. La vraie compréhension vient de la mise en expérience.            Dr Seymour Papert, professeur en recherche sur l'apprentissage au MIT

 


En tant qu’ergothérapeute pour enfants, je suis souvent l’oreille vers qui on partage diverses irritations, notamment quant aux devoirs à la maison. Trop, pas assez, trop répétitifs, pas utiles, pas motivants, etc. Mais cet automne, l’inverse s’est produit. On me parle d’un enseignant innovateur et de devoirs motivateurs.


J’ai tout de suite été curieuse d’en savoir plus et fait des démarches pour entrer en contact avec ledit enseignant responsable de cet enthousiasme.


Voici ce que j’ai appris de ma discussion avec Louis Laroche, enseignant à l’école Lanaudière de Montréal.


D’abord, je tiens à remercie Louis d’avoir pris le temps de jaser avec moi un dimanche après-midi pour partager sa passion pour l’enseignement et sa perspective inspirante sur les devoirs. Voici quelques questions que je lui ai posées et ses réponses:

 

1. D’où vient votre intérêt pour l’enseignement?


Je dirais que la plupart des enseignants optent pour une carrière en éducation souhaitant reproduire ce qu’ils ont reçu et apprécié (l’école qu’ils ont vécue eux même). Mon histoire est différente. Je suis devenu enseignant car je n’ai pas été satisfait de la méthode qui a servi à m’enseigner. Je suis dans la cohorte du 10% qui souhaite faire les choses différemment. J’enseigne depuis 18 ans…j’ai toujours eu cette perspective depuis le début.

 

2. Parlez-nous de votre perspective sur les devoirs et les leçons?


La pertinence et la qualité du travail à la maison que je propose à mes élèves est plus importante pour moi que la quantité.

 

Il ne faut pas surcharger les élèves. Une journée à l’école, c’est long. Demander à un élève de faire un devoir c’est comme demander à un employé de bureau de refaire un 2 heures de travail en plus en soirée.


Les travaux à la maison c’est envahissant pour les familles. Toute invasion de la sphère familiale devrait être justifiée.

 

Un devoir justifié doit être bien ciblé et pas trop compliqué.


De plus, comme il faut gérer le retour des travaux de la maison à l’école, il est essentiel que le devoir soit pertinent pour justifier le temps alloué à la correction ou à la discussion qui y sera porté.


Faire des exerciseurs, ça peut être lourd à la longue. La vie ne ressemble pas à un cahier d’exercices donc il ne faut pas selon moi que tous les travaux soient comme ça.


Je ne donne pas à la maison ce qui pourrait être fait aussi bien en classe. À la maison ça devrait être différent à l’exception de l’étude des mots de vocabulaire qui peut être réalisée avec les parents.


Je ne pénalise pas les élèves qui ne remettent pas leurs travaux. Je préfère personnellement leur proposer des choses qui sont intéressantes et pertinentes.


Je souhaite que les élèves qui ne font pas leurs travaux réalisent d’eux-mêmes qu’ils manquent de quelque chose.

 

3. Quelle est l'utilité des devoirs selon votre point de vue?

  1. Amorcer une activité de classe. Par exemple, planifier un cercle de lecture qui aura lieu en classe. Les élèves se préparent en lisant un livre à la maison. Ce n’est pas obligatoire, mais l’élève qui se présente à l’activité sans préparation ne sera pas fonctionnel. L’animateur du cercle de lecture est nommé parmi les jeunes. Je propose souvent en classe de discuter des lectures comme si nous étions dans le cadre d’une émission littéraire à la radio.                   
  2. Donner accès à des ressources qui ne sont pas dans la classe. Par exemple, l’élève a la responsabilité de faire une entrevue avec un expert de son choix. L’accès à un mécanicien ou collectionneur d’automobile dans la famille est une ressource précieuse introuvable en classe.
  3. Démontrer son expertise. Je dis aux élèves qu’ils sont tous des experts dans quelque chose. Par exemple, je peux leur demander de faire une critique d’un jeu qu’ils ont à la maison. C’est intéressant de faire le lien entre ce qu’ils font durant les devoirs et l’utilité dans la vraie vie, par exemple dans le magazine Protégez-Vous qui fait des critiques de jouets.
  4. Renseigner les parents sur les apprentissages faits en classe ou durant une sortie. Par exemple, on pourrait avoir une leçon de politesse au musée Maison Sir George Étienne Cartier dans le vieux Montréal. En devoir, l’enfant pourrait démontrer son apprentissage à ses parents en leur faisant la leçon et en répondant à leurs questions. C’est valorisant.
  5. Se rapprocher de la vraie vie. Ça coûterait combien si vous installiez du tapis dans votre chambre à la maison? Ce petit devoir devient une référence claire pour comparer tout ce qui va être mesuré durant le reste de sa vie à sa chambre. Par exemple: Bureau à louer. 30 m2 … le double de ma chambre!

Un mètre cube en 3D à traverser

 

4. Pouvez-vous donner d’autres exemples de devoirs que vous proposez à vos élèves?

  • J’ai déjà fait lire deux articles de La Presse au sujet d’une jeune de 12 ans (Marie-Pier Coté) qui avait plagié un roman sur internet et avait réussi à se faire publier aux éditions Les Intouchables. Le devoir était d’expliquer à leurs parents qui est Marie-Pier Côté et ce qu’est le plagiat. Ce devoir était une «conversation».
  • Pour l’étude du temps de verbe IMPÉRATIF, j’ai proposé de découper dans les circulaires les verbes à l’impératif. La semaine suivante, je leur ai demandé de documenter des paroles entendues à l’impératif en précisant leur source; ainsi un devoir qui favorisait «l’écoute». Par exemple un élève peut avoir entendu papa dire: Passe-moi le beurre!
  • Parfois je fais faire des «travaux plus philosophiques». Par exemple, je propose aux enfants de visionner une vidéo et d’en discuter avec leurs parents. Ce n’est pas obligatoire, mais si ne le font pas c’est tant pis pour eux.
  • Pour stimuler l’intérêt pour la science, j’ai suggéré aux élèves de faire faire une «expérience scientifique» aux membres de leur famille avec des Life Savers au thé des bois (Wint O Green). Saviez-vous que dans le noir, ces bonbons produisent un effet lumineux dans la bouche? La même chose se produit avec les cubes de sucre quand on les frotte avec un couteau, il y a production de luminescence.
  • J’ai proposé la «création d’une invention» et d’un slogan pour l’accompagner. Par exemple de la barbe à papa en aérosol pour les pressés. Les objets de la maison peuvent être inspirants et générer de bonnes idées.

 

5. D’où provient votre perspective?

 

J’ai toujours eu cette façon de voir les choses, mais ma pensée a été d’autant plus renforcée par un livre de Alfie Kohn (The homework Myth-ouvrage publié en 2007). L’auteur est un universitaire qui a fait une revue d’études traitant des travaux à la maison (devoirs) au cours des 60 dernières années. Les propos et résultats exposés dans ce livre vont à l’encontre de ce à quoi on pourrait s’attendre. Selon moi, tous les enseignants devraient lire ce livre. Notamment, l’auteur aborde d’ou vient l’idée de faire du travail à la maison et les réactions des membres de la famille par rapport au travail à la maison.


Voici quelques résultats extraits de cette étude:

  • Les devoirs n’ont aucune influence positive sur les résultats scolaires ou nuisent aux élèves, sauf à la fin du secondaire. 
  • Dans 90% des cas, les discussions familiales reliées au travail à la maison génèrent une réaction négative.

 

6. Combien de temps allouez-vous pour les devoirs et leçons à la maison pour vos élèves?


Concernant la durée des devoirs, il n’y a pas de barèmes clairs qui sont exigés par les écoles. Donc, ça varie beaucoup d’un enseignant et d’une école à l’autre. J’estime que ce que je propose à mes élèves devrait prendre en moyenne 1.5 heure par semaine, en excluant la lecture. Je mentionne ceci aux parents en début d’année pour que ce soit clair. Je donne probablement moins de travaux à la maison que l’enseignant moyen.


Les parents sont prévenus en début d’année de ma perspective sur les travaux à la maison. Certains élèves me disent que leurs parents trouvent qu’ils n’ont pas assez de travaux et que leurs parents en ajoutent d’eux-mêmes. Pour soutenir les familles qui souhaitent faire davantage de travaux, je fournis des cahiers d’exercices qui ont été offerts gratuitement par des maisons d’édition.


Je suis également très ouvert pour adapter les devoirs pour un élève en cas de besoin.


Tous les travaux sont envoyés à la maison par courriel le lundi. Les élèves ont une semaine complète pour accomplir leurs tâches. Je trouve que ce n’est pas réaliste d’exiger un travail pour le lendemain, car certains enfants ont des engagements sportifs qui sont importants pour eux, par exemple du hockey.


Pour les élèves en difficulté qui auraient besoin de plus d’investissement avec une certaine matière, je propose de passer une «période coup de pouce» avec moi pour rattraper ce qui n’a pas été acquis en classe plutôt que de donner plus de travaux à la maison.

 

7. Avez-vous des suggestions pour les familles qui doivent gérer des devoirs traditionnels à maison?

 

Je connais beaucoup de parents qui pestent contre les devoirs imposés à leur enfant.

  • Ma première réaction serait de morceler la tâche et de planifier l’horaire de travail conjointement avec l’enfant.
  • J’accorderais aussi beaucoup d’importance au choix de l’environnement de travail et je n’hésiterais pas à sortir des sentiers battus à ce chapitre, par exemple en variant les lieux ou en modifiant l’aménagement habituel.
  • Si la charge de travail semble trop élevée, je proposerais un entretien avec l’enseignant concerné afin d’aborder le problème et de trouver une solution acceptable.

 

8. Aimeriez-vous nous partager autre chose?


Voici des photos de projets réalisés en classe avec les élèves.

 

Ville

Mandala de sable 

 

En conclusion, le sujet des travaux à la maison est un sujet qui mérite une réflexion approfondie dans le milieu scolaire. Donner des devoirs est une pratique automatique; qui va de soi. Les enseignants ne se questionnent probablement pas beaucoup sur le sujet et, par dépit, ne pensent pas à la possibilité de faire les choses autrement. Selon moi, une réflexion devrait être amorcée.


 Josiane ✿


*Vous aimeriez entendre Louis Laroche? Louis donne des formations à des groupes d’enseignants. Pour le contacter louislaroche@hotmail.com


*Vous aimeriez lire Louis Laroche? Louis publiera en 2017, aux éditions La Chenelière, un ouvrage intitulé provisoirement Enseigner avec Passion.

 

Références

  • FRANCOEUR BELLAVANCE, Suzanne (1997). Le travail à la maison: l’essentiel se fait en classe…ou devrait se faire à l’école.
  • CARON SANTHA, Josiane (2105). Comment survivre aux devoirs. Éditions Midi Trente.
  • LÉGARÉ-TREMBLAY, Jean-Philippe (2013). L’enfer, c’est l’école, L’actualité 1 déc. p. 50-55

 

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